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Droit des trusts/Niveau I · L'idée du trust/1.2 Origines/Leçon 4

Le Statute of Uses (1536) et le « use upon a use »

Comment une ponction fiscale royale a inventé par accident le trust moderne

Ceci est une ressource éducative et non un conseil juridique. Le droit des trusts varie d'un pays à l'autre et d'un État à l'autre, et la structure appropriée dépend de votre situation personnelle. Tout document que vous signez doit être rédigé ou examiné par un avocat qualifié dans votre juridiction.

La voie la plus légère

La voie la moins chère, la moins imposée, la plus simple et la plus discrète que permet la loi, de la meilleure à la moins bonne. Chaque étape indique la règle sur laquelle elle repose et la condition qui la maintient dans la légalité.

  1. Un trust révocable entre vifs (living trust) ne permet pas d'économiser d'impôt sur le revenu : tant qu'il appartient entièrement au constituant (grantor), il ne dépose aucune déclaration distincte (Treas. Reg. §1.671-4(b)(2)(i)(A)) et ses revenus sont imposés à votre nom ; sa valeur réside dans l'évitement de l'homologation du testament (probate), non dans la fiscalité.
  2. L'impôt suit le véritable propriétaire, conformément à l'intention de la loi : un pouvoir conservé de révocation maintient les actifs dans votre succession (IRC §2038), mais l'exonération de 2026 s'élève à 15 000 000 $ par personne, si bien que la plupart des familles n'ont pas besoin d'un trust motivé par des considérations fiscales.
  3. Un conjoint survivant peut conserver l'exonération inutilisée en déposant le formulaire 706 pour la portabilité ; conformément à la Rev. Proc. 2022-32, une élection tardive est autorisée jusqu'au cinquième anniversaire du décès si aucune déclaration n'était autrement requise.
  4. En Angleterre et au pays de Galles, le trust le plus simple est un bare trust (trust nu), où le bénéficiaire a droit à la totalité du capital et des revenus dès l'âge de 18 ans ; les trusts discrétionnaires sont soumis à un taux de 45 % sur la plupart des revenus dépassant une petite franchise, il convient donc de ne les utiliser que lorsque le contrôle est nécessaire.

MatérielUne copie imprimée du texte du Statute of Uses (27 Hen. 8. c. 10)Un schéma simple opposant le « propriétaire juridique » au « propriétaire bénéficiaire »Une feuille blanche pour situer les rôles : constituant, trustee, bénéficiaire

Curiosité

  1. Pourquoi une loi fiscale a-t-elle créé l’outil de planification successorale le plus flexible de l’histoire ?
  2. Quelle est la différence entre détenir un terrain et en tirer profit ?
  3. Comment les gens ont-ils trouvé un moyen de contourner une loi stricte pour protéger leur richesse ?

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  1. Le Statute of Uses a été adopté en 1535 et est entré en vigueur en 1536, sous Henri VIII. Son objectif était fiscal. Les propriétaires fonciers recouraient aux « uses » pour éviter les droits féodaux dus lors de la transmission d’une terre au décès, si bien que la Couronne perdait de l’argent. La loi « exécutait » les « uses » : chaque fois que quelqu’un détenait une terre à l’usage d’un autre, le droit traitait désormais le bénéficiaire comme le propriétaire juridique, de sorte que les droits retombaient sur celui qui jouissait réellement de la terre.
  2. Les juridictions de common law ne reconnaissaient pas les « uses ». Une seule personne pouvait détenir la saisine juridique (seisin, la possession). La Court of Chancery intervint cependant. Elle jugea que celui qui détenait une terre au profit d’autrui était tenu en conscience de la gérer correctement. Il en résulta une division : le titre juridique allait au détenteur, mais l’intérêt en equity restait au bénéficiaire. La Chancery fit respecter cette relation, créant une structure double que la common law seule ne pouvait pas accueillir.
  3. La loi ne couvrait pas tout. Elle n’exécutait pas les « uses » « actifs », dans lesquels le détenteur de la terre avait de véritables tâches à accomplir, comme percevoir des loyers ou vendre la terre et en distribuer le produit. Elle ne s’appliquait pas non plus aux biens meubles ni aux baux (leaseholds), car elle visait la tenure en pleine propriété (freehold). Ces lacunes laissaient place à des dispositifs très proches des « uses » que la loi devait supprimer.
  4. La lacune décisive fut le « use upon a use » (use sur un use). Supposons qu’une terre soit concédée à A à l’usage de B à l’usage de C. La loi exécutait le premier « use », si bien que B devenait le propriétaire juridique. Elle n’exécutait pas le second, de sorte que B ne détenait pour C que si un tribunal l’y contraignait. Au XVIIe siècle, la Chancery commença précisément à le faire, en sanctionnant le second « use » en equity. B détenait le titre juridique ; C détenait l’avantage. Ce schéma, c’est le trust moderne.
  5. Les effets prolongés de la loi expliquent une partie du vocabulaire du droit des trusts. Les juristes apprirent à rédiger « unto and to the use of B in trust for C », afin que B reçoive le titre juridique et C un intérêt bénéficiaire protégé par l’equity. En Angleterre et au Pays de Galles, le Statute of Uses a été abrogé par la législation foncière de 1925, époque à laquelle le trust n’en avait plus besoin. Ses idées sont passées dans le droit de nombreux États américains, avec la common law anglaise dont ils ont hérité.
  6. La leçon pour le lecteur moderne est que les trusts sont nés d’une rivalité entre des règles juridiques strictes et des juridictions de conscience. La même tension subsiste : le propriétaire juridique sur le papier n’est pas toujours la personne qui a droit à l’avantage, et les tribunaux regardent au-delà des documents pour rechercher ce qui était voulu et ce qui est équitable. Lorsque vous lisez un trust aujourd’hui, posez les deux mêmes questions qu’un juge de la Chancery : qui détient les biens, et pour qui ?

Faits clés

  • Le Statute of Uses a été adopté en 1535 et est entré en vigueur en 1536, sous Henri VIII, afin de rétablir les revenus féodaux.
  • Il « exécutait » les « uses » en transférant le titre juridique du détenteur nominal directement au bénéficiaire.
  • La Court of Chancery a fait respecter les « uses upon a use », qui ont évolué vers la structure moderne du trust.
  • Les « uses » actifs, où les trustees avaient des tâches précises, constituaient une exception qui a échappé à l’exécution par la loi.
  • Le Statute of Uses a été abrogé en Angleterre en 1925, mais son influence conceptuelle sur les trusts demeure.
  • Dans une concession « à A à l’usage de B à l’usage de C », la loi faisait de B le propriétaire juridique ; la Chancery a ensuite fait respecter l’obligation de B de détenir pour C.

Exercice neuf, six, trois, un

9RassemblerRassemblez 9 exemples de situations où une personne contrôle un bien au profit d’une autre (par exemple, détenir l’acte de propriété d’une maison pour un enfant, gérer un fonds pour une association caritative).
6RegrouperClassez les 9 en 6 catégories selon qui détient le titre juridique et qui en bénéficie.
3DistillerRéduisez les 6 à 3 principes fondamentaux qui déterminent quand un tel arrangement est juridiquement reconnu comme un trust.
1CristalliserRédigez 1 phrase sur la manière dont une loi destinée à abolir un dispositif a fini par créer le trust moderne.

Vérification des faits

Les dates, les chiffres et les affirmations ont été vérifiés à l’aide des sources publiées listées ci-dessous.

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