Droit des trusts/Niveau VIII · Les trusts dans le monde/8.2 Les systèmes de droit civil et religieux/Leçon 1
La fiducie française
Comment la fiducie française, introduite dans le Code civil en 2007, transfère des actifs dans un patrimoine distinct détenu par un fiduciaire soumis à une réglementation, dans un but déterminé, avec des règles strictes de forme, d’enregistrement et en matière de libéralités.
Ceci est une ressource éducative et non un conseil juridique. Le droit des trusts varie d'un pays à l'autre et d'un État à l'autre, et la structure appropriée dépend de votre situation personnelle. Tout document que vous signez doit être rédigé ou examiné par un avocat qualifié dans votre juridiction.
La voie la plus légère
La voie la moins chère, la moins imposée, la plus simple et la plus discrète que permet la loi, de la meilleure à la moins bonne. Chaque étape indique la règle sur laquelle elle repose et la condition qui la maintient dans la légalité.
- Pour les transferts au sein de la famille, la fiducie est inopérante : celle qui est constituée avec l'intention de donner est nulle pour ordre public (art. 2013 du Code civil). À noter : il convient plutôt d'avoir recours à des donations entre vifs et à l'assurance-vie, chacune étant assortie de ses propres abattements et obligations déclaratives.
- Donations parent-enfant : chaque enfant peut recevoir 100 000 € exonérés de droits de donation de la part de chacun de ses parents, avec un renouvellement tous les 15 ans. À noter : les donations effectuées par le même donateur au cours d'une période de 15 ans sont cumulées, si bien que les donations antérieures viennent épuiser l'abattement.
- Assurance-vie : pour les primes versées avant l'âge de 70 ans, chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 € exonérés de droits de succession, puis un abattement de 20 % jusqu'à 700 000 €. À noter : les primes versées après 70 ans ne donnent droit qu'à un abattement global de 30 500 € pour l'ensemble des contrats souscrits par l'assuré, ce qui rend le calendrier des versements déterminant.
- Pour un usage commercial ou en garantie, la fiducie doit désigner un fiduciaire soumis à agrément, tel qu'une banque, une compagnie d'assurance ou un avocat (art. 2015), et être enregistrée auprès du service des impôts dans le délai d'un mois (art. 2019). À noter : un contrat non enregistré est nul ; la durée ne peut excéder 99 ans.
- Le registre des fiducies est tenu par l'administration fiscale et n'est pas public. À noter : les trusts étrangers dont le constituant ou le bénéficiaire est résident français, ou qui détiennent des actifs situés en France, sont soumis à une déclaration de trust (art. 1649 AB du CGI) ; les actifs non déclarés sont passibles d'une majoration au taux marginal de l'IFI (art. 990 J).
MatérielArticles 2011 à 2030 du Code civil français, disponibles sur legifrance.gouv.frLoi n° 2007-211 du 19 février 2007 instituant la fiducie, et les modifications apportées par la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 (LME), sur legifrance.gouv.frDécret n° 2010-219 du 2 mars 2010, qui a créé le registre national des fiducies, sur legifrance.gouv.frLeçon 1.2.6, sur la fiducie et le Treuhand allemand, à titre de comparaison
Curiosité
- En quoi le patrimoine distinct du fiduciaire se compare-t-il à la manière dont un trustee anglais détient les biens du trust séparément de ses biens propres ?
- Pourquoi le droit français pourrait-il refuser qu’une fiducie serve à consentir une libéralité ?
- Pourquoi un législateur limiterait-il les personnes pouvant exercer les fonctions de fiduciaire ?
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- La France a créé la fiducie par la loi du 19 février 2007 (loi n° 2007-211), qui a ajouté les articles 2011 à 2030 au Code civil. Selon l’article 2011, un ou plusieurs constituants transfèrent des biens, des droits ou des sûretés à un ou plusieurs fiduciaires qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires. La fiducie est établie par la loi ou par contrat et doit être expresse. Cette leçon prolonge la leçon 1.2.6 et décrit ce mécanisme sans le recommander.
- Les actifs transférés forment un patrimoine distinct (patrimoine fiduciaire) entre les mains du fiduciaire. Selon les articles 2024 et 2025, l’ouverture d’une procédure collective à l’encontre du fiduciaire n’affecte pas ce patrimoine, qui ne peut en principe être saisi que par les titulaires de créances nées de sa conservation ou de sa gestion. En cas d’insuffisance de ce patrimoine pour ces créances, le patrimoine du constituant en constitue le gage commun, sauf si le contrat met tout ou partie du passif à la charge du fiduciaire. Le constituant ou le fiduciaire peut aussi être bénéficiaire.
- Les personnes pouvant exercer les fonctions de fiduciaire sont limitées (article 2015). La loi de 2007 visait les établissements de crédit, les entreprises d’investissement, les sociétés de gestion de portefeuille, les entreprises d’assurance et certains organismes publics comme la Caisse des dépôts. La loi du 4 août 2008 (LME) a ajouté les avocats, et une ordonnance du 30 janvier 2009 a fixé leurs conditions d’exercice, notamment en matière d’assurance. La même loi de 2008 a permis aux personnes physiques d’être constituants, alors que la version de 2007 ne l’autorisait qu’aux personnes morales soumises à l’impôt sur les sociétés.
- La forme est stricte. Selon l’article 2018, le contrat doit déterminer, à peine de nullité, les biens transférés, la durée, l’identité des constituants, des fiduciaires et des bénéficiaires (ou les règles permettant de les désigner), ainsi que la mission et les pouvoirs du fiduciaire. La durée maximale était de 33 ans en 2007 ; elle est de 99 ans depuis la loi de 2008. Selon l’article 2019, le contrat doit être enregistré auprès du service des impôts dans le délai d’un mois, à peine de nullité ; les transferts de biens immobiliers doivent en outre être publiés au fichier immobilier.
- L’article 2020 prévoit un registre national des fiducies, créé par décret du 2 mars 2010 et tenu par l’administration fiscale (DGFiP), et non par le ministère de la Justice. Il n’est pas ouvert au public ; l’accès est réservé aux autorités et, depuis les règles anti-blanchiment de 2020, à certaines parties sur demande. Une fiducie peut également servir de garantie, la fiducie-sûreté, avec des règles spécifiques ailleurs dans le Code civil pour les biens meubles et immeubles. En pratique, la fiducie est principalement utilisée dans des contextes commerciaux et financiers.
- L’article 2013 dispose que le contrat de fiducie est nul s’il procède d’une intention libérale au profit du bénéficiaire, et que cette nullité est d’ordre public. Cela rejoint la leçon 1.2.6 : la fiducie ne peut pas servir d’instrument de libéralité ou de transmission successorale, domaines que le droit français régit par d’autres règles. La fiducie est donc plus étroite qu’un trust de common law et reflète les choix propres du droit français en matière de propriété et de succession.
Faits clés
- La France a créé la fiducie par la loi du 19 février 2007, en ajoutant les articles 2011 à 2030 au Code civil.
- Les actifs placés en fiducie forment un patrimoine distinct que les créanciers personnels du fiduciaire et sa procédure collective ne peuvent en principe pas atteindre (articles 2024 et 2025).
- Les fiduciaires sont limités aux institutions réglementées telles que les banques, les sociétés d’investissement et les assureurs, ainsi qu’aux avocats, ajoutés par la loi du 4 août 2008 (article 2015).
- Un contrat de fiducie doit contenir les détails énumérés à l’article 2018 et être enregistré auprès de l’administration fiscale dans un délai d’un mois (article 2019), sinon il est nul.
- Le registre national des fiducies, créé en 2010, est tenu par l’administration fiscale et n’est pas public.
- Une fiducie procédant d’une intention libérale au profit du bénéficiaire est nulle, et cette nullité est d’ordre public (article 2013).
Exercice neuf, six, trois, un
Vérification des faits
Les dates, les chiffres et les affirmations ont été vérifiés à l’aide des sources publiées listées ci-dessous.
- Code civil, Livre III, Titre XIV: De la fiducie (arts 2011-2030)
- Loi n° 2007-211 du 19 février 2007 instituant la fiducie
- Ordonnance n° 2009-112 du 30 janvier 2009 (fiducie)
- Code civil art. 2018 (contents; 99-year maximum)
- Décret n° 2010-219 du 2 mars 2010 (registre national des fiducies)
- Lexbase: Petit à petit, la fiducie fait son nid
- Fiducie en droit français