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Droit des trusts/Niveau I · L'idée du trust/1.2 Origines/Leçon 6

Droit civil : la fiducie et la Treuhand

Comment la France et l’Allemagne résolvent les mêmes problèmes sans diviser la propriété.

Ceci est une ressource éducative et non un conseil juridique. Le droit des trusts varie d'un pays à l'autre et d'un État à l'autre, et la structure appropriée dépend de votre situation personnelle. Tout document que vous signez doit être rédigé ou examiné par un avocat qualifié dans votre juridiction.

La voie la plus légère

La voie la moins chère, la moins imposée, la plus simple et la plus discrète que permet la loi, de la meilleure à la moins bonne. Chaque étape indique la règle sur laquelle elle repose et la condition qui la maintient dans la légalité.

  1. En France, l'assurance-vie remplace souvent le trust : pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 € exonérés de la prélèvement de 20 % ; les primes versées après 70 ans au-delà de 30 500 € sont soumises à l'impôt sur les successions.
  2. Les parents français peuvent donner à chaque enfant 100 000 € exonérés d'impôt sur les donations, renouvelable tous les 15 ans, par donation ordinaire ; la fiducie n'est pas un outil pour cela, car une fiducie constituée avec l'intention de donner est nulle (art. 2013 du Code civil).
  3. En Allemagne, chaque parent peut transmettre à chaque enfant 400 000 € et au conjoint 500 000 € exonérés d'impôt sur les successions et les donations (ErbStG §16), avec un abattement renouvelable après dix ans (§14), si bien que des donations échelonnées n'exigent souvent pas de Treuhand.
  4. Lorsqu'une fiducie est utilisée, le contrat doit être enregistré auprès des autorités fiscales dans un délai d'un mois sous peine de nullité ; une Treuhand allemande ne requiert qu'un contrat, mais le Treugeber ne détient principalement que des créances contractuelles à l'encontre du gérant.

Matérielun résumé en langage simple d’un contrat commercial françaisLes articles 2011 à 2030 du Code civil français, le titre sur la fiducie (disponible sur Légifrance)un schéma simple opposant un propriétaire unique à deux propriétaires

Curiosité

  1. Pourquoi les pays de droit civil rejettent-ils l’idée qu’une personne détienne le titre juridique et une autre l’intérêt bénéficiaire ?
  2. Comment une société peut-elle remettre des actifs à un gestionnaire tout en les tenant hors de portée des créanciers personnels de ce dernier ?
  3. Que se passe-t-il si le gestionnaire, dans ces systèmes, décède ou fait faillite ?

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  1. Les systèmes de droit civil, comme ceux de la France et de l’Allemagne, considèrent généralement la propriété comme un droit unique détenu par un seul propriétaire. Ils ne la divisent pas en un titre juridique détenu par un trustee et un intérêt bénéficiaire distinct sanctionné en equity, comme le fait le droit anglais des trusts. Le droit civil permet bien de répartir certains droits sur un bien, comme l’usufruit, droit d’user d’un bien et d’en percevoir les revenus. Mais la distinction de common law entre un propriétaire juridique et un propriétaire en equity n’a pas d’équivalent direct, c’est pourquoi ces pays ont créé leurs propres mécanismes.
  2. La France a introduit la fiducie en 2007, en l’insérant dans le Code civil (articles 2011 et suivants). Dans une fiducie, un ou plusieurs constituants transfèrent des biens, des droits ou des sûretés à un fiduciaire, qui les tient séparés de son patrimoine propre et agit dans un but déterminé au profit de bénéficiaires désignés. Elle est établie par la loi ou par contrat, et ne peut pas servir à consentir une libéralité : la fiducie conclue dans une intention libérale est nulle. Au départ, seules les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés pouvaient en constituer une, et seuls les banques, les assureurs et les entreprises d’investissement pouvaient être fiduciaires.
  3. La fiducie fonctionne en créant un patrimoine d’affectation, un ensemble distinct de biens et de dettes, entre les mains du fiduciaire. Les biens transférés en fiducie sont tenus séparés du patrimoine propre du fiduciaire ; si celui-ci devient insolvable, ses créanciers personnels ne peuvent donc pas les saisir. En 2008, la loi a été élargie : les personnes physiques ont pu devenir constituants, et les avocats ont été ajoutés aux fiduciaires autorisés. Le dispositif reste surtout utilisé dans un cadre commercial, par exemple pour détenir des biens en garantie d’un prêt.
  4. L’Allemagne utilise la Treuhand. Aucune loi unique ne la définit ; elle repose principalement sur un contrat, généralement qualifié de mandat ou de contrat de gestion au sens du Code civil allemand (BGB). Le Treugeber transfère un bien ou un droit au Treuhänder, qui en devient plein propriétaire à l’égard des tiers. Dans leurs rapports internes, le Treuhänder est tenu par le contrat de détenir ou de gérer le bien pour le Treugeber ou pour un tiers, ou de le conserver à titre de garantie. Elle remplit une fonction proche de celle d’un trust sans recourir aux notions anglaises du trust.
  5. La différence essentielle entre ces dispositifs de droit civil et les trusts anglais est que la propriété ne se scinde jamais. Le fiduciaire ou le Treuhänder détient la pleine propriété, et l’obligation d’agir pour autrui découle de la loi et du contrat, non d’un intérêt en equity détenu par le bénéficiaire. Le bénéficiaire d’un trust anglais a un droit réel sur les biens du trust ; une partie à une Treuhand dispose surtout de créances contractuelles contre le gestionnaire, même si le droit allemand de l’insolvabilité accorde au Treugeber une certaine protection en cas de défaillance du gestionnaire.
  6. Ces dispositifs montrent que les problèmes que résolvent les trusts, séparer la gestion de l’avantage et mettre les biens à l’abri des créanciers du gestionnaire, peuvent être traités sans division de la propriété. Ce ne sont cependant pas des équivalents exacts du trust. Chacun ne fonctionne que dans le cadre de son droit national, et la fiducie française obéit à des règles de forme strictes : le contrat doit être enregistré auprès de l’administration fiscale dans un délai d’un mois, à peine de nullité. La reconnaissance des trusts de common law dans les autres pays fait l’objet de la leçon 1.2.7 sur la Convention de La Haye sur les trusts.

Faits clés

  • La France a introduit la fiducie en 2007.
  • Selon le Code civil français (art. 2011), le fiduciaire tient les biens transférés séparés de son patrimoine propre et agit dans un but déterminé au profit des bénéficiaires.
  • La Treuhand allemande repose principalement sur un contrat : le Treuhänder devient plein propriétaire mais est tenu de détenir ou de gérer le bien pour autrui.
  • Les systèmes de droit civil évitent généralement de scinder la propriété juridique et la propriété bénéficiaire entre deux rôles distincts.
  • Au début, seules les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés français pouvaient créer une fiducie ; une loi de 2008 l’a ouverte aux particuliers.
  • Une fiducie française conclue dans une intention libérale est nulle (art. 2013 du Code civil).

Exercice neuf, six, trois, un

9RassemblerRassemblez 9 situations où quelqu’un remet des actifs à une autre personne pour qu’elle les gère ou les détienne dans un but précis, comme des actions détenues pour un investisseur, un bien détenu en garantie d’un prêt ou une entreprise familiale dirigée par un gérant.
6RegrouperClassez les 9 en 6 catégories selon le but de la remise, par exemple la gestion d’investissements, la garantie d’une dette, le soutien d’une famille, un usage caritatif, la transmission d’entreprise et la conservation.
3DistillerRéduisez les 6 à 3 besoins fondamentaux que les trusts comme les dispositifs de droit civil tels que la fiducie et la Treuhand sont conçus pour satisfaire.
1CristalliserRédigez 1 phrase expliquant en quoi la fiducie française diffère d’un trust anglais quant à la personne qui détient le titre juridique.

Vérification des faits

Les dates, les chiffres et les affirmations ont été vérifiés à l’aide des sources publiées listées ci-dessous.

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